samedi 5 septembre 2015

Chapitre 08 à 12

Le nouveau chapitre est là. je mettrais les autres au fur et a mesure à la suite. Encore pardon pour les fautes, les corrections arrivent bientôt ! J'espère que l'histoire vous plait, car mine de rien, je n'ai pas beaucoup de retour ici ou ailleurs.
Amicalement
++++++

Chapitre 08 


J’ai mal partout. Mon corps est perclus de douleurs, mon âme aussi. Il est onze heure et le soleil entre à flot dans ma petite chambre. Je ne veux… peux… pas me lever. Je sens les draps imprégnés de sueurs, froissés sous moi. Ma propre odeur me révulse. Du sang, de la crasse… le cocktail qui tue. Ouais je pue la mort. Je grimace lorsque je me force à quitter mon lit. Mon corps n’est que souffrance. Je me traîne vers la salle de bain. Mes vêtements vont directement à la poubelle. Je me regarde dans la glace. Je me fais peur. J’ai des immenses cernes sous les yeux. Mon menton est mangé de la barbe rêche. Ma cicatrice apparait plus blanche qu’elle ne l’est. À la racine de mes cheveux s’étalent un large bleu qui doit aussi s’étirer sur mon crâne lacéré par les bébés babouins. Du sang a coulé des blessures et mes cheveux sont collés et poisseux. Un énorme hématome d’un noir douteux s’étale sur mon biceps, ce qui explique le fait que je ne puisse pas lever mon bras plus haut que ma taille. Ma jambe droite qui était déjà assez abimée par le cerbère est de nouveau diminuée d’une bonne part de chair. Le bandage tire la gueule malgré les soins de Gauvain. Je m'acharne à l'enlever.
— Foutu bordel de merde.
— Nicholas, un peu de respect !
Je lâche un cri aigu et me retourne d’un bloc vers la porte restée ouverte.
— Tu m'as fait peur, Rosy.
Elle est appuyée contre le chambranle, les bras croisés sous sa poitrine. Aujourd'hui elle porte un débardeur rouge et un jean noir. Elle est maquillée et fraiche. Je secoue la tête.
— Tu t'es couchée aussi tard que moi et regardes-toi, tu es magnifique.
Rosy sourit, se détache de la porte et s'avance dans le petit espace qu'est ma salle de bain.
— Toi tu donnes l'impression qu'un camion poubelle t'es passé dessus… plusieurs fois.
Mon rire est grêle.
— Sans blague… rends-toi utile et aide-moi.
Elle me pousse sans ménagement dans le bac à douche, puis allume le jet. La tuyauterie gémie et tressaute. L'eau crachine avant de s'écouler. Je glapi lorsque le jet froid touche mon dos. L'eau se réchauffe lentement et moi je me réveille au même rythme. J'entends le froissement du tissu lorsque Rosy se déshabille. Elle me pousse une nouvelle fois pour prendre place derrière moi dans la petite cabine. Son odeur de vanille est entêtante. La vapeur commence à s'échappée du petit espace et d'investir la salle de bain. Je la laisse faire. Je l'imagine très bien, pas besoin de me retourner, ni d'ouvrir les yeux. Elle prend le gant, y met du savon liquide puis l'applique sur mon dos. Elle y fait de large cercles, massant mes pauvres muscles endoloris. Elle ne parle pas, moi non plus. Je me demande si son maquillage coule sur son visage. Je souris rapidement. Pourquoi je m'arrête à des détails aussi insignifiants ? Les mains de Rosy progressent sur mon corps. Tout y passe : dos, bras, fesses, cuisses. Puis devant aussi. Mon sexe tressaute mais sans réelle envie. Je pourrais, si je le voulais vraiment mais non. Faire l'amour, ou simplement du sexe… je pourrais si…
Elle se saisit de mon sexe, j'avale ma salive. On dirait qu'elle a pris la décision pour moi. Sa main monte et descend sur ma verge qui se gonfle à vu d'œil. Je sens son souffle sur ma peau, dans mon cou, près de mon oreille. Elle semble partout. Elle se colle contre mon dos, toujours active sur mon sexe. Ses seins s'écrasent contre moi. Je sens les tétons excités se frotter contre mon dos. Elle me prend la main droite, la met entre nous et la presse pour que je la caresse.  Mes doigts tâtonnent à peine. J'écarte les quelques poils rêches qui m'empêche d'accéder à sa fente. Mon majeur en dessine l'entrée tendis que mon indexe trouve et mon annulaire trouvent leur place tout autour. Rosy lâche un rire satisfait lorsque mon majeur s'insinue entre ses lèvres gourmandes. Sa main sur mon sexe se fait plus appuyer. Je grogne. Elle presse le bout de mon gland avec son doigt. L'ongle manucuré d'un rouge sang fait comme une blessure sous l'eau qui s'écoule. Cette vue m'excite. L'idée du sang m'excite. Mon doigt s'enfonce en elle. Rosy soupire de plaisir. La chaleur entre ses cuisses augmente. Mes doigts sont enduits de cyprine. Je la sens prête. Elle halète. Moi aussi. Je retire ma main, la faisant monter sur ses hanches. Elle me lache quand je me tourne vers elle. Elle me reprend en main lorsque je lui fait face. Son visage est baigné d'eau et son maquillage a coulé. Elle me sourit. Je me rue sur ses lèvres tandis qu'elle m'accroche la nuque brutalement. C'est à mon tour de la pousser contre le mur. J'attrape la main qui me masturbe alors que je dévore cette bouche de baisers gloutons. Elle lève sa jambe, son bassin allant contre le mien. On se frotte l'un à l'autre. Mon sexe bute entre ses cuisses, sur son sexe, son ventre. Je lui saisie la cuisse et la soulève encore. Puis l'autre. Elle se retrouve dos au mur, accrocher à moi. Ma bouche dévie vers son cou. Elle reprend une grosse goulée d'air, la tête en arrière. J'en profite pour me guider en elle. Je m'enfonce sans brusquerie mais sans lenteur inutile. Un long gémissement nous échappe de concert. Putain ce que c'est bon ! Elle me murmure des mots dans une langue que je ne connais pas. C'est excitant. Ses jambes musclées s'enserrent. Je lui empoigne les fesses pour la soulevée, puis je l'investie encore. Nos ventres se rejoignent, s'écartent, claquent. Nos chairs se frottent. Elle est chaude à l'intérieur, mon sexe est noyé de son plaisir.  C'est bon le sexe avec Rosy. Notre plaisir augmente autant que mes coups de reins. Ses ongles peints s'enfoncent dans mes épaules. Ses cuisses m'étouffent presque. J'ai envie qu'elle jouisse. Je continue d'aller et venir. Elle me mord l'épaule. Ses dents s'enfoncent et je sais que j'aurais une belle marque tout à l'heure. Mon biceps blessé tire et je le sens trembler sous l'acide lactique. Je resserre ma prise en serrant les dents. Cela retarde assez mon plaisir pour voir celui de Rosy. Sa tête part en arrière, ses yeux se ferment à moitie alors qu'elle lâche un "oui" puissant. Tout son corps est tendu de plaisir, puis se relâche. Cette pression des muscles interne sur ma verge suffit à entrainer le mien. Pas d'angoisse, je suis stérile depuis ma "mort". Le plaisir fait tomber brièvement un voile blanc sur mes yeux. Je relâche ensuite mon souffle. Nous restons un peu, l'un dans l'autre puis j'aide ma belle à descendre. Ses pieds glissent sur l'eau du bac à douche. Je tente de la rattraper. Je glisse aussi. Elle lâche un cri de douleur quand elle tombe sur ses fesses. Je l'évite comme je peux. Je me retrouve la tête dans ses seins, à genoux entre ses cuisses. Je crois bien que les points de sutures de mon mollet se sont rouverts. Nous nous démêlons l'un de l'autre en riant. C'est tout à fait nous ça. Finir une séance de cul par terre. Elle se penche au-dessus de moi pour couper l'eau et sort en s'enroulant dans une serviette.
— Sors de là, Nicholas. Tu vas ressembler à une momie crevassée.
Je secoue la tête.
— Je pisse le sang. Je vais en foutre partout.
Elle soupire en levant les yeux au ciel.
— C'est bien toi de t'envoyer en l'air sans faire gaffe. Tu aurais pu me dire que tu avais mal.
— Ouais, bah tu ne m'as pas laissé le temps. C'est toi qui m'a empoigner le premier et…
— Et tu n'étais pas contre. Montre-moi.
Je m'assois dans mon bac à douche, montrant ma jambe. Je grimace. En effet, ce n'est pas beau. Les points ont éclatés. Rosy secoue la tête.
— Tu le sais en plus : eau chaude et point de suture ce n'est pas un bon mélange. Tu en a ailleurs ? Je te connais !
Je penche la tête en avant en la regardant. Elle fait une moue dégoutée.
— C'est moche. Déjà que tu n'as pas trop de cheveux…
— Ça va, ce n'est rien…
— C'est. Moche. Je vais te couper tout ça, ca se verra moins.
— Quoi ? Rosy, ce n'est pas comme si c'était nécessaire !
Elle met ses poings sur ses hanches et me fixe. Son regard ne laisse aucune discussion possible.
— Nicholas Flamel, tu vas te laisser faire sans rouspéter. Tu es incapable de prendre soin de toi.
Je suis outré.
— Ce n'est pas vrai ! Je…
— Chut !
— Mais je.
— Chut !
Qu'est ce qu'elle m'énerve quand elle fait ça ! J'ouvre la bouche pour répliquer, elle pointe son doigt vers moi. Je rends les armes. Elle m'agace ! Voyant qu'elle m'a vaincu, elle s'accroupi devant moi, regarde les dégâts de ma jambes puis me soigne. Depuis le temps, elle connait toute ma maison par cœur.
Une vingtaine de minutes plus tard, je suis juché en caleçon sur le tabouret de bar et, tandis que je déjeune d'une café tiède et d'un bout de pain dur, Rosy attaque ma chevelure à coup de tondeuse. Elle est de nouveau habillée et maquillée comme si notre petit intermède n'avait pas eu lieu.
— Si tu m'expliquais un peu ce qui se passe Nicholas. Tu passe chez moi, comme si tu avais le diable au corps, tu me refile le gosse sans explication et quand sa mère revient le chercher, elle est pâle comme la mort et part sans rien dire. Puis toi, tu es blessé comme si tu revenais de guerre. C'est le cas, non ?
J'ai un mouvement d'épaule.
— Ouais c'est le cas. Je t'en dois une pour le gosse, ma belle. Je ne sais pas comment mais je te revaudrais ça.
— Arrête de bouger avant que la tondeuse ne dérape ! Ça va, il a pioncé tout le temps qu'il était avec moi. Alors tu as repris du service ?
— Je n'ai pas eu le choix. On faisait des recherches avec l'équipe chez les jumelles.
Je passe les prochaines minutes à lui détaillé ma nuit. Elle ne m'interrompt pas. Puis le silence, simplement troublé par le léger bruit mécanique de la tondeuse à main. Même elle se tait. Rosy sort de son mutisme.
— Je vais me renseigné. Ce n'est pas normal que nous ne soyons pas au courant. Trois interventions au même moment aux quatre coins du quartier, c'est rare. Mais en plus une attaque majeure… c'est plus que louche. Une idée des runes et des glyphes utilisés ?
— J'étais plus occupé à défoncer du macaque que de regarder la langue de l'inscription. Thomas saurait.
— Tu n'as rien senti d'autres ?
Brièvement je repense à l'instant de somnolence douloureuse induit par les prières des prêtres, puis a la force quasi surnaturelle que j'ai ressenti en entrant dans l'enclos. Je secoue la tête.
— Pas plus que ça.
— Pas de vision ?
— Hier matin, mais plus depuis. Tu as une idée ?
C'est à son tour de secouer la tête. Puis elle me regarde avant de soupirer.
— Tu devrais en parler à Thomas.
Je pince les lèvres.
— Gauvain a des soupçons mais… non. Je ne préfère pas.
— La Réminiscence n'est pas à prendre à la légère, tu le sais.
— Laisse-moi encore un peu de temps, ok. Là, la seule chose que je sais, c'est que mon amis, mon presque frère est mort. Que j'ai une invasion d'âmes perdues qui ont filés dès que le sort a été levé et qui doivent errées dans le coin. Que puisque Robert est mort, l'équipe a besoin de moi et que j'ai mon autre job sur les bras.
Je m'époussète les épaules pour chasser les petits cheveux. Je suis bon pour repasser sous la douche si je ne veux pas passer ma journée à me gratter. Elle fini de passer la petite balayette.
— Tu comptes aller bosser ? Tu tiens à peine debout.
— Hé, c'est mon job… officiel je veux dire. J'ai un contrat avec les commissariats et même les humains s'entretuent de toute façon. Et c'est parfois pire que les monstres.
— Je n'ai plus qu'à y aller alors.
Je lui attrape le bras, la prenant ensuite par la taille.
— Ne fais pas la gueule, Rose. Merci pour tout.
Je lui embrasse la joue, resserrant mes bras autour de sa taille. Elle me repousse, la main presser sur mon visage.
— Tu n'es qu'un salop de gougeât, tu le sais au moins ?
Je lui lèche la paume de la main, elle émet un bruit dégouter.
— Lâche-moi donc !
Je la relâche en riant avant de me souvenir d'un truc.
— Hé, Rosy, tu sais ce que c'est toi, la fleur de vie ?
Le visage souriant de Rosy redevient sérieux. Je crois qu'elle sait mais vue sa réaction, ce n'est pas de bonnes nouvelles.
— D'où connais-tu ce nom ? Qui te l'a dit ?
Je lui relate l'affaire du parc. Elle me repousse totalement.
— Tu n'aurais pas pu m'en parler plus tôt ? Merde !
Elle se précipite vers la porte. Je cris pour la rappeler mais la porte claque derrière elle. Je fronce les sourcils.
— Ça, ça craint, mon vieux.
Je prends mentalement note d'en parler aux autres, puis je vais arroser mes fleurs, qui sont très malheureuse sous le ciel de midi. Une douche vite fait, puis je passe à mon agence de nettoyage, c'est-à-dire le local juste à côté de chez moi.

Mon entreprise est une vraie de vraie entreprise, oui m'sieur ! J'ai eu l'idée de conjuguer mon passé d'Exterminateur avec mon futur de Nettoyeur. J'ai de vrais contrats avec de vrais gens, bien vivants et bien ennuyés avec de vrais nuisibles. Bon, en fait j'ai très peu de clients puisque mes deux plus gros sont le commissariat de Webster avenue et l'Église. Mais il m'arrive parfois de travailler pour des particuliers ou des entreprises de mon quartier. Les locaux sont plutôt petits, mais je n'ai pas besoin de plus. C'est un mobil-home posé sur le terrain qui fait office de bureau. Le camion dort dans un hangar un peu plus loin. Mon bureau… il faudrait peut-être y mettre un peu d'ordre. Des feuilles jonchent le plan de travail. Les armoires dégueulent de dossiers, la poubelle déborde de feuilles froissées… La première chose à faire est d'écouter les messages. Je me bats avec ma mémoire pour activer le code du répondeur. Le temps que les messages se débitent, j'allume l'ordinateur. Je sais que j'ai le temps d'allumer la cafetière avant qu'il ne se lance. Bilan du répondeur : un appel pour un impayé, un appel de ma banque pour que je change d'assurance et un appel pour une prise de rendez-vous pour dératiser une cave. Tu m'étonne qu'avec la chaleur poisseuse de ces derniers jours, que les rats se planquent au frai ! Niveau courrier, rien de neuf si ce n'est un tas de publicités. Je m'occupe en premier lieu de régler la facture qui traine, puis pendant que je prends enfin une vraie tasse de café bien chaud digne de ce nom, je consulte la messagerie. Pour un lundi, il n'y a pas grand-chose, même pas de la pub pour un site porno. Mais où va le monde ! Niveau message pro, c'est déjà plus intéressant. Deux demandes coups sur coups du commissariat pour le nettoyage de deux scènes de crimes. Je prends les adresses, et attrape les clés de mon camion. Juste au moment où le camion s'engage dans la rue, je vois apparaitre Loïc au coin de la rue. Qu'est ce qu'il fiche ici ? Je le lui demande en ces thermes, une fois la vitre baissée. J'ajoute.
— Tu ne devais pas rester toute la semaine en formation, toi ?
Il hoche la tête et grimpe dans le van.
— Je vous… heu… Je t'accompagne.
— Il y a un problème ?
— Non.
— Accouche ! Qu'est ce que tu fais ici au lieu d'être en train d'apprendre là-bas ?
Il se frotte les yeux, je m'aperçois qu'il est mal rasé et que ses yeux sont rouges. Je plisse les yeux.
— Tu n'as pas dormi ?
Mon jeune hoche la tête.
— J'ai besoin de réponses et…
Je complète
— Et tu ne te sens pas de demander aux autres parce que ?
Loïc ricane.
— Parce qu'ils sont trop la tête dans le guidon.
Je démarre.
— Et moi pas assez.
— Ce n'est pas ce que j'ai dis, Nicholas, mais avec toi j'ai l'impression que c'est plus clair.
J'éclate de rire.
— Plus clair ? Tu déconnes !
Il hausse une épaule puis reprend.
— On va où ?
Bon, il parlera lorsqu'il sera prêt. J'ouvre la boite à gant au stop.
— St Mary's Parc. Il y a une manifestation et il faut que la place soit nickel.
— Humain ou non ?
— À priori humain.
Il fronce les sourcils.
— Comment on nettoie un parc ?
Je lève les yeux au ciel en prenant la direction de l'ouest.
— Ce n'est pas a proprement parler dans le parc, mais sur le complexe sportif. Ca fait tâche, et c'est le cas de le dire, du sang et de boyaux en plein sur la piste de course, ou je ne sais où.
— Je ne comprends toujours pas pourquoi c'est toi qui le fais. Ils ont bien des gens de ménages.
— Tu devrais le savoir, la bidoche froide ce n'est pas pour tout les estomacs. Je pense en avoir pour deux ou trois heures, ensuite j'ai une autre intervention à l'hôpital psychiatrique.
— Pourquoi ne pas avoir commencé par celle-là ? Le centre est plus près d'ici.
Je souris sans joie.
— Parce que c'est le genre de lieu où les interventions prennent du temps et parte généralement en sucette.
À cette heure, la circulation est soutenue sans être invivable. La CB grésille par intermittence, boquée sur la fréquence de la police. J'allume la radio en sourdine, histoire de combler le silence qui s'est installé. Mon jeune est pensif. Il regarde par la fenêtre. Moi, je me concentre sur la route en tentant de repousser l'étrange sensation qui me chatouille à l'arrière du crâne. D'un coup ma paranoïa monte en flèche car j'ai l'impression qu'on me regarde. Je déteste cette sensation. Mes mains deviennent moites autour du volant. Je sens mes cheveux se hérissés sur ma nuque et…
— La crémation est demain à onze heures.
Je suis tellement surpris que le van tangue sur la route, récoltant des coups de klaxon haineux. Je reprends mon souffle.
— Ça va Nicholas ?
— Pardon, j'étais plongé dans mes pensées. Tu m'as surpris. Demain onze heures alors. Où cela ?
— Dans le petit cimetière de la chapelle. Il n'avait pas de famille proche, rien que vous. Je regrette de ne pas l'avoir connu plus.
— C'était un gars bizarre. Le plus fanatique de nous tous je dirais. Mais gentil et droit. Ouais, un chouette type.
Je me tourne vers lui avec sérieux.
— Toi aussi tu devrais commencer à penser à cela. Ce n'est pas un job de rêve.
— j'avais compris. L'intervention avec les jumelles était…
— C'est vrai ça, comment ça s'est passé ?
— Hé bien… à vrai dire, je ne sais pas trop. Bien je suppose puisque nous sommes revenus sains et saufs du cimetière…
— Les filles t'ont expliqué ce qu'était une goule ?
— Oui, rapidement. C'est un sort vaudou de zombification qui tourne mal.
— C'est surtout qu'un corps mort c'est vide et sans âme. C'est tout bénef' pour une âme perdue. Généralement les âmes perdues qui investissent un corps vivants sont appelées des Parasites. Pour les corps morts, ça n'a pas vraiment de terme. Généralement les âmes perdues se retrouvent avec un corps en putréfaction et sont totalement déboussolée. Si le sorcier a assez de puissance il peut les diriger. Mais pas trop. C'est drôlement dur d'avoir le contrôle mental sur des êtres qui ont perdu la boule. Généralement les goules se retournent contre leur "maître" et le bouffent.
— Ce n'était pas le cas là. Mais le mec a eu chaud. Il n'y a que le feu qui fonctionne ?
— Ouais, c'est le meilleur remède contre tous.
— C'est étonnant, pourtant quand on parle des démons et de l'enfer, Tout y est en feu.
— Quand ils sont sur Terre, ils revêtent une apparence humaine. Il n'y a que les Lords qui peuvent s'invités avec leur propre corps.
Loïc fronce les sourcils.
— S'ils peuvent venir avec leur propre corps, pourquoi il n'y en a pas ?
— C'est une question d'équilibre. Le pendant les Lords sont les Archanges. Ils s'attirent et se repoussent comme des aimants. En gros si tu mets deux bigboss au même endroit, c'est physique, ils s’entre-tuent. Et même s'ils ne le souhaitent pas, leur nature même fait qu'ils se consument mutuellement. Et nous, pauvres mortels, mourrons aussi…et si on meurt, plus de bonnes âmes à becqueter pour eux. Alors généralement chacun reste sagement derrière leur trame et nous on dégomme ceux qui passent.
Je gare la camionnette devant la maison du gardien du parc. Je leur montre mon accréditation pour qu'ils m'ouvrent la grille. Le vieux gardien m'indique le chemin que j'emprunte au pas avec mon véhicule. Au final c'est sur le point le plus élevé du parc. Un escalier mène directement au point de vu aménagé d'une petite folie.

— Bon, allons-y. Tu es prêt ?

Chapitre 09

Autour de la butte où se situe la scène de crime, se trouve le ruban jaune des flics. Loïc et moi, chargés du matériel de base, nous approchons. On doit montrer patte blanche à un jeunot en uniforme. Il nous fait passer sous le ruban, sous les yeux des quelques badauds aux alentours. Le soleil tape fort et j'ai l'impression que les bruits sont multipliés par dix. Je déteste sentie la sueur dégouliner de sous mes bras ou d'ailleurs. Au final, Rosy a eu une bonne idée pour la coupe de cheveux. L'équipement est assez lourd et encombrant, surtout la grande échelle qu'on se partage et qui pèse autant qu'un cheval mort. La montée des marches est difficile. Je comprends pourquoi le ruban de police est en bas de la côte et non autour de l'emplacement. Il y a des trainées sanglantes tout le long de la montée et je pense qu'il y a aussi des bouts de viande par-ci par-là. L'odeur de la peau en décomposition sous le soleil est écœurante au plus haut point. J'entends mon jeune avoir un haut le cœur. Je me tourne vers lui.
— Si tu veux vomir, vas-y.
Il est pale mais secoue la tête.
— Ça ira, Nicholas.
Plus nous progressons vers le haut, plus les marres de sang grandissent. Le bourdonnement des mouches et autres saloperies d'insectes est horrible, et je ne parle pas des insectes nécrophages…
— Je pensais que la police scientifique devait récupérer tout les bouts… mais il y a eu combien de mort, là ?
Je regarde ma fiche d'intervention.
— Une bonne dizaine, vu l'étendue des dégâts.
Enfin parvenu au sommet, on souffle un bon coup, enfin en tentant d'éviter l'odeur affreuse. La folie est située en haut de la butte. C'est une petite maison d'une seule pièce dans le style temple grec avec colonnes sculptées et tout. Elle a été reconvertie en un petit musée d'art moderne. Juste devant, la petite esplanade est parsemée de larges tâches de sang. À la craie, le dessin d'une demi-douzaine de corps étendus dans diverses position. Les colonnes sont, quant à elles, criblées d'impact de balles.
— Une vraie tuerie !
— Règlement de compte, apparemment.
Loïc secoue la tête.
— Franchement, je préfère encore les cafards.
Je ris alors qu'on dépose l'échelle sur le sol.
— Oh, je suis sur qu'on peut en trouver un ou deux, si on cherche bien.
— Bon, on commence par quoi ?
— On a été payé pour nettoyer l'intérieur de la folie, sans abimer les œuvres.
Nous poussons la porte de la petite maison. La pièce unique doit faire dans les vingt mètres carré, un truc comme ça.
— Un triskaidécagone.
Je regarde mon jeune en clignant des yeux. Il me sourit en déposant le reste de son matériel à l'entrée.
— Une pièce à treize côtés.
Je les comptes, en effet treize côtés. Loïc est plus intéressé par l'intérieur de la pièce.
— Il y a eu un barbecue géant ici ou quoi ?
En effet, les parois et même le plafond en dôme qui culmine à six ou sept mètres sont recouverts de suif. Le dallage en marbre est glissant de résidu carbonisé, les parois de verre protégeant les œuvres sont fendillées pour les plus chanceuses, totalement fondues pour les autres. Quant aux œuvres, je ne sais pas si nous pourrons en sauver quelques unes. Ce qui est marrant c'est qu'au centre de la pièce, il y a un rond sans aucune marque. Un rond propre et net. Il doit faire quoi, un peu moins de deux mètres de diamètres, pas plus. Loïc s'avance dans la pièce.
— Comment et par quoi commence t'on ?
J'étudie le milieu rapidement.
— Trouver une vanne pour brancher le tuyau à pression. On va dégrossir, je reviendrais avec le gros matos la semaine prochaine. Je leur facturerais le surplus, ces sagouins ne m'ont pas prévenu de l'ampleur de la tâche. Avec nos deux bidons de décrassant, on n'ira pas loin.
Loïc part donc à la recherche d'une arrivée d'eau. Je passe la porte tandis que le bourdonnement du moteur de la pompe gronde en fond sonore. Je fais ensuite le tour de la pièce en me massant les reins tout en boitillant. J'ai trop tiré sur ma jambe bequetée. Ouais, ça ne va pas être de la tarte. Limite, le mieux serait de la détruire pour la reconstruire. Un feu comme il y a eu, ça a dû fragiliser la structure. Je frappe l'un des piliers avec mon doigt. De la suie me tombe dessus. Je sens la poussière se coller à mon visage en sueur. Dire que j'ai pris une douche il n'y a pas une heure… Je continu mon tour, passant ma main sur les vitres épaisses. Je ne fais qu'étaler le noir plus qu'autre chose. Mes pas résonnent dans la pièce. Mon nez est empli de particules de brûlé et j'en sens le goût sur ma langue. Je me rends compte que j'évite délibérément le cercle parfait au centre de la folie. Pourquoi ? Juste au moment où je me décide à m'approcher, mon bleu arrive, tirant derrière lui le tuyau.
— Quand tu veux !
— On récupère en premier lieu les œuvres derrière les vitres, ensuite on nettoiera tout ça.
Il laisse le tuyau goutté sur le sol, à proximité du cercle. Même l'eau semble éviter la marque. Je me secoue la tête, le bruit entêtant du moteur ne facilite pas ma concentration.
— Quelque chose ne va pas, Nicholas ?
— Je crois que je vois du surnaturel partout.
Nous mettons nos gants, puis avec l'aide de nos marteaux de ceinture, brisons les protections de verres. Avec délicatesse, nous récupérons les œuvres d'arts plus ou moins identifiables et les regroupons à l'extérieur. Une fois fait, nous lessivons à grandes eaux les lieux. Je préfère nier la douleur qui parcoure mon corps. C'est laborieux car même juché sur l'échelle, nous n'atteignons pas le plafond. L'eau coule noire, les traces sont tenaces et le peu que nous enlevons est étalé de nouveau quand nous passons le balai haute pression. La mosaïque du mur saute, nous atteignant parfois. J'ai mal au bras, j'ai mal à la jambe, j'ai la tête qui me tire… Au bout de deux heures, je rends les armes.
— C'est bon Loïc, coupe-tout. J'en ai marre.
Le bourdonnement de la pompe cesse enfin. J'ai les oreilles qui tintent. Mon corps est fourbu. Mon nez est rempli de saloperie et j'ai des points blancs qui dansent devant mes yeux. Je me laisse tomber sur les marches mouillées mais je n'en n'ai rien à faire. Je me sens faible, comme vidé de mes forces. La sensation dérangeante est de retour en force. Loïc s'approche de moi, le regard inquiet.
— Nicholas ?
Je tente de lui sourire.
— Je crois que j'ai abusé de mes forces, gamin.
— Tu es pâle comme la mort. Tu as besoin de quelque chose ? De l'eau ou bien…
— Dix ans de moins, c'est possible ?
— Il faut que tu manges, surtout.
— Bah, dans deux minutes ça ira mieux.
Je dis ça, mais je ne le pense pas. Mon ventre se tord douloureusement et il remonte dans ma gorge. J'ai juste le temps de me lever, de chanceler sur quelques pas et de rendre mon déjeuné derrière un buisson. Loïc est près de moi et me tapote le dos.
— Je le savais, vous auriez dû rester chez vous. Vous n'êtes pas en état… surtout pour ce genre de travail.
J'hoquète un bruit qui pourrait ressembler à un rire.
— Hé ça y est, tu me vouvoie de nouveau ?
Je garde pourtant la tête entre mes jambes, les mains appuyées sur mes genoux. Mes yeux sont fermés et je sens une sueur froide m'envahir. Étonnamment en même temps que ce malaise, je suis remplie d'une impatience peu commune. Cette sensation parasite disparait lorsque j'ouvre les yeux avec précaution pour regarder mon bleu. Il est inquiet. Ses yeux marron sont nerveux et il fronce les sourcils autant qu'il pince ses lèvres.
— Nicholas je ne…
Je lui souris alors que je me force à me redresser sans laisser paraitre la nausée qui m'habite encore.
— Ça va, je ne charrie. C'est passé, tu vois ?
— On rentre. Il faut que tu te repose, que tu manges et surtout que tu…
— On croirait entendre Frère Thomas on Père Gauvain.
— Des hommes sages ! Viens.
Je repousse sans brusquerie la main qu'il me tend.
— On n'a pas fini de remballer ni de remplir le pré-rapport.
Il croise les bras, planté devant moi.
— Qu'est ce qui se passe ? On a travaillé deux mois ensemble et je sais comment tu fonctionne. Je ne comprends pas…
— Tu ne comprends pas quoi ? C'est la procédure. On rempli le pré-rapport toujours à la fin de la première intervention.
Il se met à faire les cent pas devant moi, me jetant des regards de plus en plus courroucés.
— Non, non… il y a un truc qui cloche. Pourquoi es-tu ici ? Tu as passé la nuit à combattre les démons, tu es blessé assez gravement, tu as à peine dormi et tu es venu travailler sur une scène de crime alors que tu tiens à peine debout.
— Pourquoi je suis ici ? Hé, réveilles-toi gamin. C'est la vraie vie. Il faut que je bosse pour gagner ma croûte.
— Non c'est faux.
Qu'est ce qu'il peut être horripilant ! J'avais déjà vu qu'il était méticuleux et attentif mais qu'il joue les psys avec moi… Je sens que je commence moi aussi à être en colère.
— Écoutes-moi bien, gamin. Garde tes questions existentielles pour toi. Je suis assez âgé pour faire ma vie comme je l'entends. Si j'ai envie de bosser aujourd'hui, ce n'est pas un petit con comme toi qui vas m'en empêcher. C'est toi qui as voulu m'accompagné.
— Et j'ai bien fait ! Est-ce que tu te rends compte de ton comportement depuis qu'on est ici ? qu'est ce qui se passe, bon sang ?
— On a fait notre boulot : on nettoie les scènes de crimes
Il secoue la tête.
— Tu es sûr ?
— Comment ça ?
Il tend le doigt vers la folie qui se trouve dans mon dos. Son visage est étrange. Tellement étrange que j'ai un frisson. Un mauvais pressentiment m'envahit et ma bile me remonte le long de ma gorge. D'un coup j'ai la trouille de me retourner. Ma voix est blanche alors que je n'ose pas bouger. Tout mon corps est tendu comme un arc ce qui fait hurler mes blessures.
— Qu'est ce que tu veux dire ?
Il ferme les yeux en prenant une grande respiration.
— Nicholas, ça fait une demi-heure que tu es prostré sur les marches sans que j'arrive à te sortir de ton immobilité. J'ai été appelé Frère Thomas, il arrive. Nicholas, je crois que tu as un problème…
Je me raidis encore plus si c'est possible.
— Comment ça ?
Il tend de nouveau son doigt vers la Folie. Je me retourne lentement, Au dessus de la porte de la folie, dans une petite niche, se trouve la Vierge Marie, les bras écartés, la tête penchée et en train de pleurer. J'ouvre la bouche. Je ne sais pas si c'est pour parler, hurler, pleurer… un son étrange sort de ma gorge tandis que mes larmes emplissent mes yeux sans que j'y puisse quelques chose. J'ai de nouveau les jambes sciées. Je tombe à genou. Puis la douleur. Elle arrive lentement, tel un souffle de vent délicat, puis grandi de plus en plus. J'ai l'impression que chaque nerf est à vif. Un bruit envahis mes oreilles et je me rends compte que c'est ma voix qui hurle. Plus rien n'existe à part la douleur : ni haut, ni bas, ni sensation… rien. J'ai mal. Très mal. Puis plus rien. Le silence. La paix. Je commence à retrouver mes sensations. Mes sens reviennent : le bruissement des tissus, les bourdonnements de voix, la pression de mains sur mon corps, le son de mon souffle rapide. C'est froid, c'est tellement agréable.
— Nicholas, tu m'entends ?
Je connais cette voix. Je bouge un peu.
— Ouvres les yeux, Nicholas, c'est fini.
J'obéis. J'aperçois deux yeux couleurs miel, puis un sourire.
— Salut…
Ma voix est rêche, je tente de me racler la gorge. Thomas porte à mes lèvres une bouteille d'eau fraiche.
— Heureux de te revoir parmi nous.
— Qu'est ce qui s'est passé ?
Les sourcils de Thomas se froncent alors qu'il m'aide à me redresser. Je remarque que je suis de retour dans ma camionnette. À l'arrière pour être précis et elle roule.
— Loïc m'a appelé. Je crois que c'est sérieux, Nicholas. Il nous reconduit.
— Quoi ?
— On rentre. Tu es sous quarantaine.
— Comment ça ?
Je me libère de ses bras, cherchant ses yeux pour qu'il me réponde.
— Explique-toi !
Il secoue la tête.
— Pas ici.
— Écoutes, Tommy, on est dans ma camionnette, en train de rouler. Qui veux-tu qui entende ?
Il soupire mais reste ferme.
— Je t'expliquerais là-bas.

Une bonne demi-heure plus tard, à cause des embouteillages principalement, nous arrivons à l'école. Je n'ai pas décroché un mot de tout le trajet. En partie parce que j'étais encore nauséeux, et l'autre parce que j'étais en rogne. Je le suis toujours d'ailleurs. Loïc gare la camionnette devant chez moi. Je fronce les sourcils. Sans un mot, ils m'aident à descendre puis entrer dans ma petite maison. Loïc s'occupe de fermer les volets et la porte tandis que Thomas m'installe dans le vieux fauteuil.
— Si tu m'expliquais ce qui se passe, bon sang !
Thomas se pince les lèvres, son regard est scrutateur. Il prend une grande inspiration. Assit en face sur la vieille causeuse défoncée, il pose ses coudes sur ses genoux sans me quitter des yeux. Tous ses gestes sont mesurés.
— Nicholas, j'en suis pratiquement sur à présent. Tu n'es plus toi-même.
— Qu'est ce que tu me raconte ?
— Nicholas tu…
Il soupire. Je m'énerve d'un coup.
— Vas-y lâche le morceau ! Bon sang !
Le prêtre se masse les yeux. Loïc se poste près de lui dans une position faussement tranquille. Mes yeux font des allers-retours entre eux. Je commence à me sentir nerveux. La voix de Thomas est tendue.
— J'espère que je me trompe… Nicholas, je pense que tu es possédé. Que tu as un Parasite.
— Qu'est ce que tu racontes ? Tu déraille !
Je m'enfonce dans mon fauteuil, comme pour m'éloigner de lui.
— Donnes-moi ta main.
Je refuse de faire un mouvement, lui tend la sienne vers moi. Mon cœur bat rapidement. Je sais que son raisonnement est juste et même plus que juste mais je ne veux pas y faire face. Je revois en quelques secondes ces cinq dernières années. Les cauchemars trop réels, les impressions de déjà-vus, mes réactions face aux objets saints ou face à la magie.
— Donnes-moi ta mais Nicholas. S'il te plait.
Devant l'insistance de ce regard de miel, je la tends. Elle tremble. La main de Thomas est tiède alors qu'il prend la mienne. Il me la retourne, paume vers le plafond et de l'autre main y dépose un objet. Je me doute de ce que c'est. Il s'agit d'un médaillon. Thomas me referme la main dessus. Au début rien ne se passe et je sens un sourire mauvais sur mes lèvres. Puis tout devient blanc. Je me prends comme un coup dans le ventre et me retrouve au fond du fauteuil. J'halète alors qu'une pression de plus en plus forte s'exerce à l'intérieur de mon crâne. Mon cœur s'emballe entre peur et combat pour ma survie. Je ne vois rien qu'un écran blanc lumineux. Je suis aveugle. Je suis sourd. Je suis muet. Je suis surtout paralysé. Toute mon énergie est concentrée sur le combat contre l'intrusion dans mon esprit. Ma main se consume. Ça brûle comme l'enfer ! Puis tous s'arrête. Je suis essoufflé. Je reprends lentement conscience de ce qui se passe autour de moi. Il ne reste plus qu'un bourdonnement lancinant dans mes oreilles. Mes pupilles arrivent à faire le point. De la sueur coule abondamment sur mon front. Mon cœur et ma respiration se calme. Je sens la présence de Loïc et Thomas à côté de moi. Je n'ai pas encore levé les yeux sur eux. C'est la voix de Thomas qui me sort de mon état. Il s'adresse plus à Loïc qu'à moi.

— Là, on a un gros problème…


Chapitre 10


— Loïc, attache-le.
La voix de Thomas claque dans mon esprit encore brumeux. Je n'ai pas le temps de riposter ou de bouger, quoique je doute que j'en ai eu la force, que mon bleu me ligote à la chaise avec sa ceinture. Je ne me débats même pas. Ma tête pulse comme si je me payais la reine des gueules de bois. Je regarde le visage du prêtre. Ses traits sont tendus et ses yeux semblent manger le reste de son visage sous l'anxiété. Loïc me murmure des excuses alors qu'il serre la ceinture avec force. Thomas tente de me sourire. J'hausse les épaules.
— Je présume que tu ne te goure pas, Tommy.
— Je l'ai souhaité très fort. Je l'ai nié aussi…
Il ouvre sa main pour me montrer la médaille. C'est celle de l'archange Michel.
— Je n'ai pas besoin de t'expliquer qui il est. Tu sais aussi que dans chaque artefact il y a un peu de lui. Ce qu'il fait le mieux est combattre les ennemis de Dieu.
Je m'étouffe.
— Je ne suis pas l'ennemi de Dieu ! Je bosse pour lui ! Je suis même mort pour lui alors que je ne crois même pas en lui.
Je me débats mais Loïc a bien serré.
— Calmes-toi, Nicholas.
— Tu veux que je me calme ? Je suis attaché sur mon propre fauteuil, putain !
— C'est pour ton bien.
Sa voix douce m'insupporte ! J'ai envie de le faire taire. La rage monte en moi alors qu'il y a deux minutes j'étais à peine capable de lever la tête.
— Loïc détache-moi de suite !
Le gamin se recule, derrière Thomas. Ses lèvres sont pincées. J'ai la rage ! Avant que j'aie pu ouvrir la bouche pour gueuler ma haine et dire des choses blessantes, Thomas me prend le visage entre ses mains et plonge ses yeux dans les miens.
— Tommy ne fait pas ça…. Je te préviens Tommy, ca sera la dernière chose que tu feras et…
Et je pars. Ses yeux… ses foutus yeux de miel… Je le déteste autant que je l'apprécie. Je suis dans un brouillard hors du temps.
— Nicholas, je suis désolé. Je t'ai mis sous hypnose mais je t'autorise à écouter ce qui va se dire ici. Tu vas rester en retrait et ne pas intervenir. Je veux parler à l'autre qui est en toi. Ce n'est pas un simple Parasite ou une âme errante. L'autre est beaucoup plus puissant. Qui es-tu ?
Je suis dans l'impossibilité de répondre. Je vois et j'entends mais c'est tout. Je suis muet. Mes yeux vont de Thomas à Loïc. Mon bleu est pâle et nerveux. Il remonte ses lunettes plusieurs fois. Thomas est neutre mais je sais qu'il est sur le qui-vive. Sa main est prête à repousser l'autre. Il répète sa question plusieurs fois. Je ne sais pas ce qu'il veut prouver car je suis seul dans mon corps.
— Je n'ai pas à te répondre.
C'est moi qui viens de parler ? La sensation est troublante, flippante même. Je n'ai plus aucune maitrise.
Thomas se tend mais se force à sourire.
— Je ne m'étais donc pas tromper. Tu vis en lui, et ce n'est pas récent. Tu es très fort, c'est surement ça qui t'as permis de vivre en lui si longtemps. Je m'appelle Thomas York. Je suis prêtre à L'église de Santa Maria. Je…
— Je sais parfaitement qui tu es.
Ma voix me semble tellement arrogante et froide ! Je détaille Thomas en face de moi et le dégout monte. Ce dégout ne vient pas de moi mais il est bel et bien là. Je continue.
— Je ne sais pas ce qu'il te trouve. Tu es faible et sans substance.
Thomas ne se vexe pas.
— J'ai tout de même réussit à te débusquer et je te contrains à me parler.
Je souris.
— Parce que je le veux bien.
Le prêtre croise les bras.
— Si tu le veux bien, c'est que tu as envie de parler. Je t'écoute.
— Tu prétends que j'ai envie de te parler ? Je ne m'abaisse pas à adresser la parole à un simple humain. Vous êtes si…
Thomas s'énerve.
— Transparents, faibles et autres… Alors si tu nous dénigre tant, pourquoi es-tu là ? Tu aurais pu rester de ton coté de la Trame.
Je pince les lèvres. Le visage de Thomas s'illumine.
— Je vois… tu n'as pas eu le choix. C'est tellement risible…
— Je ne te permets pas ! Sale petit humain !
Je tire sur les liens comme un forcené. Thomas a le bon sens de se reculer. Coincé dans mon propre corps, je me sens tellement impuissant, tellement petit. Je commence à parler dans une langue non humaine, dégueulant des syllabes qui n'existent pas. Loïc a reculé d'un pas, pris d'une peur salutaire. Les émotions de l'autre m'envahissent, me salissent. Je ne sais pas quoi faire alors je fais ce que me dicte mon instinct, je pousse mon esprit contre celui de l'autre. Thomas brandi le pendentif qui luit d'une douce lueur. L'autre se débat encore plus. Je sens contre ma peau, la ceinture se tordre et s'étirer. Encore quelques mouvements et je… il sera libre. Si l'autre se libère, je resterai enfermer en arrière-plan pour toujours et ça sera moi le Parasite. Je pousse encore plus fort tandis que Thomas presse le médaillon sur mon front. Il murmure une prière de toute son âme. Je sens la chaleur de l'Archange qui me brûle. L'autre bas en retraite d'un coup et c'est moi, le vrai moi, qui me prends la décharge d'énergie mystique. Je bascule en arrière sur le fauteuil. La douleur m'a totalement sonné et je perds connaissance.
Lorsque que je me réveille, j'entends le bourdonnement de voix. La conversation est loin d'être tendre. Je n'ouvre pas les yeux, de peur de vomir le peu qu'il me reste dans mon estomac. J'écoute.
—… insensé !
— J'ai fait ce qui me semblait juste !
— Tu l'aurais tué que ça n'aurait rien changé pour toi ! Ton Dieu est un Dieu de mort !
— Parce que pas le tiens ? C'est exactement le même pour nous deux !
— Je ne tue pas mes amis !
— Tu ne tue que des amants, Sorcière !
— Espèce de connard prétentieux ! Tu n'es qu'un enfant qui ne comprend absolument rien !
— Je ne me laisserai pas insulté par une femme comme toi, RosaMuerta !
— De quoi tu as peur, hein ?
Donc Rosy est là et ça a l'air de barder pour le frère Thomas. Je ne peux m'empêcher de sourire. La pression se relâche sur mes bras et j'entends la voix de Loïc.
— Ils se prennent la tête depuis qu'elle est arriver, c'est-à-dire une bonne dizaine de minutes.
Je me redresse sur le fauteuil avec soulagement. Tout mon corps est douloureux mais je suis en pleine possession de celui-ci. J'ouvre les yeux. Le plancher tourne. Aucun des deux ne s'est aperçu de mon réveil. Loïc me tend un verre d'eau mais j'ai les bras encore engourdis par le manque de circulation sanguine. Je regarde Thomas et Rosy se prendre la gueule dans la lumière du couchant. Je fini par prendre le verre d'eau avec reconnaissance. Loïc reprend.
— De quoi tu te rappelle, Nicholas ?
— De pratiquement tout depuis la folie.
— Tu… pourrais m'expliquer ?
Je regarde enfin mon jeune. Il a l'air d'avoir pris dix ans. Je lui souris en lui touchant le bras.
— Plus tard. Pour le moment…
Je siffle entre mes doigts. Les deux adversaires se figent d'un bloc, puis se tournent vers moi, parlant en même temps. Je pose mon indexe sur ma bouche en les fixant sévèrement. Ils se taisent mais dès que j'ôte mon doigts, ils recommencent à parler. Je remets mon doigt jusqu'au silence complet. Loïc frémit de rire. Je regarde ma beauté sombre.
— Qu'est ce que tu fais là, Rosy ?
Elle croise les bras sous sont auguste poitrine, faisant remonter ses nichons de façon assez provoquant. Ses yeux d'onyx me foudroient comme jamais !
— À ton avis, gros débile !
Je me renfrogne.
— Ouais, moi aussi je t'aime. Mais tu vois, j'ai eu, comme qui dirait, une sale journée alors si tu pouvais être explicite… ça m'arrangerais.
Elle soupire en s'accroupissant devant moi. Elle me touche la joue.
— Tu as une sale tête.
— Je suis au courant, je te signale. Je la vois dans le miroir tout les matins.
— Tu sais très bien que ce n'est pas ce que je veux dire…
— Ben voyons… alors qu'est ce que tu fous ici à te prendre la tête avec le frère Thomas ?
Sa bouche gourmande se fait boudeuse. Je lève les yeux au ciel.
— Ouais, je suis au courant que vous ne pouvez pas vous encadrer. Tu vois Loïc, dès qu'ils sont dans la même pièce, ils s'engueulent comme un vieux couple.
Les deux s'offusquent. Ça me fait rire. Je stoppe vite à cause d'un putain de mal de crâne. Je suis crevé. Rosy doit s'en apercevoir puisqu'elle reprend son sérieux, non sans lancer un regard de tueuse à Thomas, qui le lui rend bien.
— J'étais passé pour voir comment tu allais et accessoirement pour faire le point sur la Fleur de vie.
Le regard en biais qu'elle lance à Thomas ne peut signifier qu'une chose, elle n'a pas envie qu'il soit au courant. Je me redresse comme je peux.
— Écoute Rose, ce que tu vas me dire, je vais surement devoir le leur répété alors au lieu de faire des cachoteries, mettons toutes nos connaissances en commun pour avancer, OK ?
Elle reste dubitative un moment avant d'hocher la tête.
— Le mieux serait qu'on en parle au Freak avec les autres. Je crois qu'on est tous concerné. Par contre…
Elle se tourne vers Thomas.
— Maintenant que tu as réveillé l'autre, débrouille-toi pour qu'il ne rapplique pas !
— Je ne comptais pas le laisser en libre accès de toute façon. Tu me prends pour un débutant ?
— Je me pose sérieusement la question, tu vois ! Je croyais que ce genre de… de… manipulation était foutrement plus réglementé !
— C'est de Nicholas dont on parle ! Tu le voyais exposer à un exorciste ?
Je me redresse d'un coup.
— Ça suffit ! Allez vous engueuler ailleurs que dans mon salon !
— Mais Nicholas il faut que…
— Je ne veux rien entendre ! Je veux qu'on me foute la paix. Dehors ! Tous ! Dehors.
Je sais que je devrais être plus calme et écouter mais là j'en ai raz la caquette de tout ce bordel ! Je les pousse dehors tous les trois et leur claque la porte au nez. Je m'y adosse et souffle, complètement vider de mes forces.
Je savoure pleinement le calme de ma petite maison. Je me traine ensuite à l'étage pour avaler deux cachets anti douleur. Que cela soit physique, résultat de la nuit dernière ou mental, je suis perclus de douleur. Je me passe de l'eau froide sur le visage avant de fixer mon reflet dans la glace.
— Qui es-tu ?
Je plante mon regard dans le regard de mon double dans le miroir. Il est là, derrière mes yeux, tapis dans mon esprit. Il est fort. Maintenant qu'il a été éveillé, je sens le poids de sa présence et j'effleure ses sentiments. Ce n'est pas beau à ressentir. Je répète :
— Qui es-tu ?
— Tu le sais bien, je suis toi.
Mon reflet me répond. Je secoue la tête.
— Non, tu n'es pas moi.
— Tu sais qui je suis. Je suis une partie de toi comme tu es une partie de moi. Nous sommes intimement liés comme tu ne le seras jamais avec personne d'autre. Ce que tu ressens, je le ressens aussi et inversement. Je ne suis plus celui que j'ai été et toi non plus.
— Épargne-moi les leçons de moral et la philosophie, tu veux ?
— Tu es si… brut de décoffrage !
— Si tu n'es pas content, tu vire. Je ne t'ai pas demandé de me polluer la tête.
— Comme si j'avais eu le choix !
C'est assez étrange de se parler par miroir interposé mais au final c'est plus réel.
— Dis-moi ton nom.
— Tu sais ce qu'on dit sur le pouvoir des prénoms, Nicholas. C'est le pouvoir le plus puissant.
— Tu veux que je t'appelle "trou d'uc" ? Si celui-là ne te plais pas, j'en ai plein en stock…
— Ça va, ça va…De toutes façons tu ne pourras pas le répéter. Chez les hommes on m'appelle Murmur.
— J'ai déjà entendu ce nom…
Je sens mon cœur s'emballé mais cela ne vient pas de moi. Une joie fébrile inonde mon cerveau et je le sens jubilé. Puis le sentiment se calme tout aussi rapidement qu'il est apparu. J'enchaîne.
— Qu'est ce que tu fais dans ma tête, Murmur ?
— J'y ai trouvé refuge.
— Sans blague ! Tu es une âme errante pour de vrai alors ?
Cette fois-ci c'est de la frustration et une immense colère qui bourdonnent dans mon crâne.
— C'est plus compliquer que ça.
— J'adore quand c'est compliqué. Je suis un pro du compliqué.
— Toi ?
Le ton est incrédule.
— Tu es plutôt le roi de la fuite en avant à ce que j'ai pu constater.
— Très marrant. Bon qu'est ce qu'on fait ?
— Plusieurs choix s'offre à nous. Soit tu me laisse prendre totalement possession de ton corps…
— Hors de question !
— Je m'en doutais, mais qui ne tente rien… Soit je disparais totalement et…
— Ça c'est une chouette option, je vote "pour" !
— Et il en est hors de question aussi pour moi.
— Merde…
— Très spirituel, Nicholas. Donc je disais les options une et deux sont bannies. Option trois : Je retrouve un corps mais le souci c'est que nous avons tellement bien fusionné que je ne sais pas si c'est possible. Je pencherais pour l'option 4 en temporaire.
— C'est-à-dire ?
— Apprendre à vivre ensemble.
— Ce n'est pas ce qu'on fait déjà ?
— Erreur, je t'ai laissé vivre ta vie sans intervenir la majeure partie du temps. Mais là, si tu reprends ton ancien travail, pas sur que je puisse rester en retrait ou que tu puisses le faire puisque Michel m'a dans le collimateur et t'empêchera d'utiliser les artefacts mystiques.
— Attends une minute, tu es bien un Démon ?
— Je suis ce que vous appelez Démon. Je ne me nommerais pas comme cela.
— Ouais bon ça va, c'est un détail. Alors si tu es un Démon, qu'est ce que ça t'apporterais d'éliminer les tiens. Qu'est ce que tu as à y gagner ?
— Pour le moment, la possibilité de ne plus être en retrait. Ensuite… ensuite je t'en parlerais au fur et a mesure.
— TU ne crois tout de même pas que je vais faire un pacte avec un Démon…
— Parce que tu crois que tu aie le choix ?
— Tu peux toujours retourner d'où tu viens. Thomas peut m'exorcisé.
— Impossible ! Nous avons fusionné. S'il pratique un exorcisme, on meurt tout les deux.
— Ce n'est pas la mer à boire… je suis déjà mort une fois.
— Moi aussi je te signale, sinon je ne serais pas là. Mais je n'ai pas envie de passer ma vie dans les limbes, surtout enchainé à toi.
— Oh, Je n'ai rien demandé moi ! Tu aurais pu choisir un autre corps ! Thomas peut te scellé.
Je secoue la tête, enfin lui… moi… je ne sais plus.
— Erreur, il me scelle c'est toi qui risque d'en payer le prix à chaque utilisation d'artefacts ou dès que tu passeras près d'un lieu saint. Tu vas griller !
Je soupire. Cette fois c'est bien moi qui fait l'action.
— On n'a pas beaucoup le choix…
— Crois-moi, j'ai eu assez de temps pour y réfléchir…
On soupire. Il reprend.
— Écoutes, il ne faut pas que Thomas me scelle. Le mieux serait de lui faire croire qu'il l'a fait.
— Je ne peux pas résisté à son pouvoir, tu as bien vu tout à l'heure.
— Moi je peux. Ne t'inquiète pas.
— C'est fous ce que ca me rassure…
— Tu ne veux pas griller, je ne veux pas être mis en retrait. La fin justifie les moyens. Faisons équipe et on trouvera une solution. Aller, va prendre ta douche, je suis sur que les autres t'attendent en bas.
Il disparait. Je sais qu'il est là tapi, mais j'ai repris le contrôle. Je ne sais pas si je vais vraiment m'y faire. Je boite quelques pas pour rejoindre ma douche. Un coup d'œil aux plait sur mon mollet et je vois que malgré tout, les points ont tenus cette fois. Les comprimés commencent à faire effet et l'eau tiède, puis froide finit par faire passé le plus gros de la douleur. Je redescendrais dans une heure ou deux, histoire de retrouver la bande de joyeux lurons qui me sert de gardiens. Un peu de repos ne me fera pas de mal avant d'attaquer ce que je pense être une partie difficile. Il faudra aussi que je décale la visite à l'hôpital psychiatrique…
Tout en continuant a faire mon planning, je prends le temps de me doucher, de refaire mes pansements et surtout de me relaxer. La nuit sera difficile et je ne suis pas le seul à le penser, n'est ce pas, Murmur ?

Chapitre 11


Le soleil a laissé place à la nuit. L'air pourtant est étouffant et les esprits sont surchauffés. Je bénie la chance de ne pas avoir de voisins directs, car même de chez-moi j'entends gueuler au coin de la rue. Malgré l'électricité ambiante, c'est calme, comme avant un gros orage. Dans ces moments-là tu te dis que quelque chose va arriver. Mon tee-shirt est trempé de sueur alors que je sorts de la douche. Murmur reste silencieux. Mon cerveau le remercie. Vivre avec quelqu'un dans sa tête est assez dérangeant. Je n'ose plus penser ou laisser mon cerveau divagué à sa guise. L'autre en a rit. Il vit avec moi depuis cinq ans, alors pourquoi me gêné ? Il connait toutes mes pensées, abouties ou non. Au final, j'ai envoyé mes peurs baladées. Toutes résistance est inutile, lui et moi sommes assimilés. J'ai cru l'entendre rire, ce qui ne m'étonnerait pas.
J'appréhende ma rencontre avec Thomas. Lui mentir me dérange plus que je ne le voudrais. Je n'y couperais pas de toute façon puisqu'il a été décidé de façon tacite que je n'assisterais pas à la réunion demandée par Rosy tant que Murmur ne sera pas sous contrôle. Lui et moi savons pertinemment que la séance d'hypnotisme d'aboutira pas. Le plus dur sera de le faire croire aux autres et plus spécifiquement à Thomas. Je soupire, ça ne va pas être de la tarte. Je suis content que mon compagnon soit silencieux. J'enfonce mes mains dans les poches de mon jean. Un coup d'œil en l'air : le ciel est d'un noir absolu. Les lumières de la ville sont tellement présentent que l'obscurité semble solide au-dessus de ma tête. Le bitume de la route et celui du trottoir ont fondus. Le monde est écrasé par la moiteur de l'orage à venir. Le silence est pesant comme du plomb. Une sirène déchire la nuit, elle passe toute lumière en action au croisement. Le son diminue et je soupire. J'ai rendez-vous à la chapelle. J'y suis en quelques minutes. Personne ne garde la porte de l'école. Ma sensibilité grimpe d'un cran passant d'attention passive à vigilance accrue. Personne, aucun bruit, aucune respiration. Je sens la tension de Murmur autant que la mienne. Prudemment je remonte les couloirs, passe les portes avec un maximum de précaution… le cloitre atteint, je prends une minute pour scanner les alentours. Chaque pilier représente une cachette potentielle pour un ennemi. Mes pieds glissent sur les dalles de pierres. Je suis tellement sur mes gardes que mes sens sont décuplés. Le crissement des insectes est assourdissant. Je prends une lente inspiration, goutant l'air autant que le respirant. Chaque odeur est unique. Je vois chaque grain de poussière virevoltés dans les rayons de lune. Même ma peau est un radar. Encore un mètre et je suis à découvert. Je dois traverser le jardin pour atteindre la chapelle. L'adrénaline inonde mon corps. Plié en deux et aussi furtivement que possible je traverse l'espace vert. J'utilise chaque statue, chaque buisson pour me protéger un minimum. J'évite l'allée en gravier, je slalome entre les parterres de fleurs… Enfin je me colle au mur. Je fais le tour de l'édifice. Une lumière tamisée s'échappe des vitraux mais la grille, autant que le verre lui-même, m'empêche de voir à l'intérieur. Je reviens vers la porte de devant. Aussi précautionneusement que possible, je pose mon pied sur la dalle, devant la porte. Cette dernière est entrouverte. J'entends du bruit à l'intérieur. D'un glissement, je m'approche. Le coup d'œil que je lance à l'entrebâillement, ne m'apprend rien. L'angle est mort. De mon pied, j'entrouvre un peu plus la porte. Elle grince discrètement. Je me statufie mais rien n'arrive. Discrètement, je prends une longue inspiration. Je n'ai plus je choix, j'y vais. D'un mouvement vif, j'ouvre la porte en grand. Elle est lourde donc ne claque pas, mais elle me laisse assez d'espace pour entrée en roulé-boulé, prêt à en découdre. Quand je me redresse, la pièce est vide, excepté frère Thomas en train de ranger un livre. Il s'est, lui aussi, immobilisé à mon entrée. Il cligne des yeux et sourit.
— Magnifique entrée Nicholas, quoiqu'un peu inutile.
Je me redresse en grognant. Les douleurs dues à mes récentes aventures, se réveillent d'un coup. Je grogne encore une fois. Je jauge Thomas de manière suspicieuse, notant au passage quoiqu'inconsciemment, qu'il a troqué son habit noir à col blanc contre un jean et un tee-shirt à l'effigie d'une équipe de base-ball.
— Pourquoi il n'y a personne à l'entrée ou ailleurs ?
Il finit par ranger le livre qu'il tenait.
— Réunion exceptionnelle au sous-sol. Les systèmes de sécurité ont été activés.
— Tu aurais pu me prévenir, j'ai flippé pour rien.
Thomas me sourit.
— Tout va bien. Je suis content que tu sois venu. Vous aussi Murmur.
Je sens le démon sourire et je dois sourire aussi, vu la réaction confuse de Thomas. Il cache son trouble en se dirigeant vers le coin de la chapelle. Il a placé deux fauteuils confortables l'un en face de l'autre.
— Venez ici tout les deux.
J'obtempère. Murmur s'agite mais ne dit rien. Je le sens jubilé. Je m'assois et Thomas s'installe en face de moi. Il prend un instant pour chercher et trouver ses mots. Sa position est faussement relâchée en miroir de la mienne, je pense.
— Nicholas, je suis content que tu ais accepté de venir ici pour faire cette séance. Voilà comment cela va se passer. Je vais commencer par t'attacher. Ensuite, je vais t'hypnotiser et repousser ta personnalité pour que Mumur soit accessible pour un échange, je lui expliquerai et le scellerai. Cela sera peut-être douloureux mais je ferais de mon mieux. Tu es d'accord ?
J'entends Murmur ricaner au fond de mon esprit. Je soupire. Mentir à Thomas m'ennuie au plus haut point. J'hoche la tête et Thomas sourit. Un sourire chaleureux qui monte jusqu'à ses yeux de miel. Il attrape une corde sous le fauteuil et m'attache consciencieusement, vérifiant la solidité de son ouvrage. Puis, une fois rassie, il me tend les mains pour que je les lui prenne. Lui qui n'aime pas le contact… Je les lui prends avec réticence. Ses paumes sont sèches et fraiches malgré la chaleur ambiante. Sa poigne est ferme, elle irradie de confiance. Je remonte le regard de ses mains à son visage. Ses bras nus, sont légèrement halés et musclés, son torse et ses épaules sont bien dessinés. Les habits noirs ne lui rendent pas justice. Sa pomme d'Adam me fait de l’oeil au creux de son cou et je remarque un léger duvet blond sur son menton et ses joues. Je suis un poil troublé. Je sais que j'ai un faible pour lui, et lui aussi je crois, mais c'est comme si je me prenais d'un coup dans la tronche, tous ce que je me forçais d'ignorer. Pour soulager le malaise qui m'envahi, je sors :
— Tu te laisses aller, Tommy.
Il rit, ce qui creuse une légère fossette sur ses joues.
— Ma journée a été un peu trop remplie pour m'inquiéter des détails de ce genre. Aller, regarde-moi à présent.
Thomas serre un peu plus ses doigts sur les miens. Ses mains sont de la même taille que les miennes. Je fixe ses iris dorés. Qu'ils sont beaux… Je me sens rapidement partir, repousser loin dans mon corps. Je vois, j'entends, je sens, je touche… mais ma voix et la mobilité de mon corps ne m'appartiennent plus. Murmur a pris les commandes. Thomas sourit
— Bonsoir Murmur, comment allez-vous ?
— Tu me vouvoies, à présent ?
Murmur tente d'ôter ses mains de celles de Thomas mais le prêtre les retient fermement. Son visage n'est plus aussi avenant, bien au contraire.
— La politesse n'est jamais un défaut.
— Tu penses que cela rendra ma mise au placard plus douce ?
— Je n'ai pas cette prétention. Je fais ce qu'il y a au mieux pour mon ami.
— Tu ne t'ais pas vraiment soucié de lui pendant les cinq dernières années, pourtant.
Les doigts de Thomas se resserrent presque douloureusement sur ceux de Murmur.
— C'est faux. Tu ne me feras pas douter, Démon. Je connais ton engeance et leur corruption.
Murmur ricane.
— Le vouvoiement n'a pas fait long feu. Vous êtes si faible, vous autres, les humains. Vos sentiments sont à fleur de peau. Il suffit de les égratigné pour que vous montiez sur vos ergots en assenant avec force votre amour infini pour l'autre. Mais au final ce ne sont que les paroles d'enfants.
Thomas sourit.
— Tout est bon pour me détourner de mon but, n'est-ce pas ? Tu me parles d'amour, de sentiments comme si cela existait entre Nicholas et moi alors que c'est faux. Je suis un homme d'église.
— L'un des préceptes de celui que tu vénère est bien l'amour universel, non ? Aime ton prochain… bla bla.
— Donc pour toi, ce n'est pas possible ? L'amour n'existe pas ?
Murmur se redresse en souriant.
— Intéressé par mes réponses ?
Thomas sourit.
— Il est rare que je puisse discuter de philosophie avec un démon. Généralement c'est un film sans parole où le but essentiel est d'annihilé l'autre. Tu es un esprit brillant, Murmur sauf que tu n'es pas au bon endroit. Ce corps est celui de mon ami.
— Je suis au courant. Je le connais mieux que personne. C'est un drôle d'animal.
— Donc tu comprends qu'il faut que tu partes.
— Désolé de te décevoir mais ce n'est pas dans mes projets immédiats. Il fait une bonne mule.
Les mains du prêtre qui s'étaient relâchées, se serrent de plus en plus. Le regard de miel s'intensifie.
— Je te cèle dans ce corps le temps de trouver une solution d'extraction qui ne soit pas douloureuse pour lui. Tu resteras enfermé dans le noir de son esprit.
Murmur fronce les sourcils, dans l'impossibilité de tourner la tête et d'éviter le regard hypnotique. Il grogne. La tension devient palpable. Thomas récite plusieurs strophes d'un langage ancien. Il force les mots dans le crane de Murmur. Le démon se débat, crachant à son tour des mots trop étranges pour être humain. Un combat de volonté fait rage une minute, deux tout au plus puis la résistance faiblie. Je me retrouve au premier plan. Mes douleurs sont revenue puissance dix, j'ai l'impression d'avoir la poitrine compressée au point de ne pas pouvoir y faire entrée de l'air. La main de Thomas se pose sur mon visage moite, me lève la tête. Il cherche mes yeux. Son regard est inquiet.
— Nicholas, tu m'entends ? C'est fini.
Je tente de lui sourire mais pas sur que j'y sois arrivé. Il est aussi en nage que moi. Il me sourit. Il se penche vers moi pour dénouer les cordes. Son odeur corporelle me frappe de plein fouet. Déodorant, sueur, savon, shampoing… un cocktail envoutant. Je ne suis pas sur de ce qui se passe après mais ce que je sais, c'est qu'en un clin d'œil, je le serre contre moi, mes lèvres pressées contre les siennes. Un baiser bref, instinctif, empressé. La seconde suivante je tombe sur le fauteuil, repoussé avec force par le prêtre. Je crois que mon regard d'incompréhension est à l'égal du sien. J'entends Murmur éclaté de rire. Tout s'explique. Je serre les dents et les poings tout en détournant les yeux. Je ne sais pas quoi dire. Thomas non plus apparemment. Il se penche pour attraper la corde tombée au sol et l'enroule convenablement. De mon côté, je quitte le fauteuil à la recherche d'une bouteille d'eau. J'en prends une large rasade.
— Tu en veux ?
Je suis fier de ma voix. Elle est semblable à d'habitude. Je suis le prêtre des yeux : il traverse la salle pour ranger l'entrave dans le placard de fourniture. Lorsqu'il se tourne vers moi, il est, lui aussi, redevenu normal. Tacitement, nous n'en parlerons plus. Il prend la bouteille tendue, mais au lieu de boire au goulot, il se serre un verre. Le message est clair. C'est mon téléphone qui me sauve de la situation de silence gênant. Nous sommes attendus au Freak.

Le bar est bondé pourtant un large cercle est libre pour les "humains" Tout le monde est déjà là. Il ne reste plus que deux places: les nôtres. Loïc n'en mène pas large, près de Maddie. Viennent ensuite Silas et les jumelles, puis Squale qui est pâle comme la mort, Rosie et enfin Alistair et les deux places. Je m'installe donc à côté de mon ex qui me regarde attentivement.
— C'est bon, je suis clean.
Je parle assez fort pour que la table m'entende. Thomas confirme d'un signe de tête.
— Tu as une sale gueule.
Je dévisage Al puis esquisse un sourire.
— C'est un refrain que j'entends assez souvent, en ce moment.
Maddie me regarde attentivement.
— Comment vont tes blessures ?
Il n'y a pas à dire, cette femme est maternelle avec tout le monde… sachant que je suis plus âgé qu'elle, je ne sais pas comment le prendre. Je réponds par un "bien" rapide. Elle fronce les sourcils mais n'y revient pas. Becky regarde son téléphone portable, pianote un message, puis le repose. Devant chacun d'eux un verre trône plus ou moins rempli de liquide de couleur différente. À peine installé, le barman nous apporte une bière sans qu'on est besoin de commandé. Sans son glamour, je sais que sa tête ressemble à une ampoule, que sa peau est bleue translucide et qu'il n'a pas de bouche. C'est un télépathe. Un passif. Une proie, quoi. Les ongles peints de Rosie claquent désagréablement sur la table, elle semble stressée. Ses yeux me vrillent le cerveau mais aucun commentaire ne sort.
— Bon, commençons. Thomas, je présume que le démon est sous contrôle ?
— Enfermé à double tour, il n'a plus accès à Nicholas.
— Un démon, quel démon ?
Silas nous foudroie tour à tour. Alistair pince les lèvres en s'adossant sur son siège roulant. Thomas se frotte les yeux.
— Nous avons découvert grâce à Loïc, que Nicholas était parasité par un Démon. Il est sous contrôle.
Le regard qu'il fait peser sur l'assemblée est pesant et sans équivoque.
— Nous le gardons pour nous. Cela épargnera de la douleur et de l'énergie inutiles. Je veille personnellement au maintient de la barrière.
Personne ne bronche.
Betsy prend la parole.
— Donc c'est une réunion informelle. Ce n'est pas uniquement pour cela que nous sommes ici, avec Rosie n'est-ce pas ? Sans vouloir te vexer, ma belle, il est rare que nous nous fréquentions… surtout ici.
— Pas d'offense.
Rosie sourit, savourant le malaise de mes collègues. Elle reprend.
— Le Freak est un endroit spécial, vous le savez tous. Mes amis ont fait l'effort de garder leur glamour en place pour ne pas froisser vos yeux et vos esprits. C'est un privilège qui vous est offert. Nul humain n'a le droit de venir ici sans y être invité. Donc, considérez-vous comme les nôtres, le temps de cette soirée.
Loïc fronce les sourcils. Il va pour parler mais referme la bouche. Rosie capte l'indécision de mon jeune.
— Qu'est ce qui t'arrive, mon chou.
— Je ne voudrais pas me montrer irrespectueux ou maladroit…
La sorcière soupire en levant les yeux vers le plafond. Ses boucles d'oreilles tintent contre les perles de ses cheveux.
— Vas-y !
— Est-ce que vous… vous portez un glamour, vous aussi ?
Le sourire de RosaMuerte est d'une blancheur absolu.
— Bien sûr mon loup, et pas qu'un.
Une fois repue de la gêne de mon bleu devant cette révélation, Rosie change de tout au tout. Le sérieux transparait sur son visage et sa posture. Sa voix d'habitude, sensuelle et suggestive, devient plus froide et clinique. Je l'ai rarement vue comme cela. Elle croise ses doigts devant elle.
— L'heure tourne et j'aimerai pouvoir retourner à mes affaires. Vous êtes tous au courant de l'activité anormalement haute des failles, ces derniers jours ainsi que des derniers incidents répertoriés. Je fais parti du comité des Freak qui s'occupent de la faille principale. Les migrants qui arrivent nous disent tous la même chose. Il y a une activité accrue chez nos deux voisins. Quelque chose se trame mais personne ne veut nous dire quoique ce soit. L'attaque du jardin botanique pourrait cependant nous apporter quelques renseignements. En premier lieu : les victimes. Ce sont des Insectoïdes. Comme les fourmis ou les abeilles, ils vivent en colonies et ne sont jamais solitaire. Le groupe est plus important que l'individu. Ils sont liés par un fil de pensée commun. Ensuite l'attaque. De part sa nature particulière, elle est en elle-même assez révélatrice. Les Harpies sont des créatures inférieures et surtout nocturne. Elles aussi vivent en communauté. L'attaque a été faite par un individu solitaire. En plein jour. Quel était le but de cette attaque ?
Je lève la main.
— La Harpie voulait quelque chose à l'intérieur de William. La fleur de vie.
Elle hoche la tête comme si j'avais bien répondu.
— Savez-vous ce qu'est la fleur de vie ?
Rosie nous pose la question à nous tous. Loïc prend la parole à la surprise générale.
— Je ne prétends pas savoir ce que c'est, mais par son nom je peux en déduire que soit la fleur est vivante, soit elle a le pouvoir de donner la vie.
— C'est pratiquement ça. Joe et Jack ont sacrifié leur frère mourant pour récupérer cette graine, car ce n'est encore qu'une graine. C'est comme… comme une cellule souche pour vous. Les graines sont très, très… que dis-je extrêmement rare. Je ne savais pas qu'il y en avait une sur Terre. Cette graine, une fois mélangé à un bout précis de la source, qu'elle soit humaine, Démone ou Angélique, la recréera parfaitement.
Un silence de plomb tombe sur notre tablée. Je crois qu'on mesure tous l'importance de cette révélation et surtout on imagine parfaitement les pires scénarios possibles. Rosie lève le doigt, attirant notre attention.
— Il y a une chose à ne pas négliger : l'équilibre. Toute fluctuation qui se passe dans l'un des mondes, aura son reflet dans l'autre et sa répercutions sur le notre.
Je repense automatiquement à l'enfant de Becky. Si ce gosse est le fils d'un ange… il doit y avoir l'enfant d'un démon quelques part ici, pas loin…Je range cette information dans un coin. Il faut absolument que je parle à Becky, et au plus vite ! Tout ce que je dois faire me plombe la tête. Trop de chose à faire en si peu de temps ! Je regarde mes compagnons, dois-je les mettre au courant de… Murmur s'agite et je cogne dans mon verre de bière, renversant le fond. Alistair a la chemise trempée. Il me fait une remarque cinglante mais je n'entends que Murmur qui s'apprête à hurler. Je ferme les yeux. Ok, je ne dirais rien. Thomas, les traits tirés à la fois de fatigue et de gravité interrompt Rosie.
— L'équilibre doit être respecté, je suis d'accord. Mais pour le moment ce n'est que le côté "Démon" qui s'agite.
— En es-tu si sur ?
— Je n'ai aucun rapport de miracle ou autre manifestation Divine.
— Et le fait que tes copains les anges, s'acharnent sur Nicholas ces derniers temps ? La présence de Loïc ?
— Moi ?
Mon jeune est aussi étonné que moi. Rosie hausse les épaules.
— Oui, toi. Avec les "Anges", tout se fait insidieusement. C'est un jeu d'échec. La Terre est un grand échiquier et plus particulièrement, le Bronx.
Elle se tourne vers Thomas en lui tendant la main.
— On doit bosser en équipe, sur ce coup. Toi avec tes prières et ta foi, moi avec  ma magie et mes sorts. Mais que ça ne sorte pas d'ici. Nous aurons besoin des ressources de tout nos amis sans pour autant dévoilé ce qui se passera.
Thomas regarde la main bardée de bagues et de bracelets, aux onglets laqués de rouge sang.
— Un groupe secret à l'intérieur de groupes secrets.
Leurs mains se joignent. Elle sourit.
— Je savais que tu adorerais ça…
Les bippeurs de Maddie et Silas trouent le silence du moment. Silas regarde l'instrument.
— Hallucination collective à la bibliothèque, c'est pour nous Maddie.
Le tandem quitte rapidement les lieux. Après quelques coups d'œil, chacun quitte la table. Thomas retient Loïc pour un entretien approfondi. Les jumelles emmènent le siège roulant de Squale qu'on n'a pas entendu de la soirée et je reste avec mon ex.
— Tu me dois une chemise, Nicholas.
Je connais le regard qu'il me lance. Je souris.
— Je te ramène.


Chapitre 12


On a fait l’amour. Je l’ai raccompagné chez lui, dans cet appartement que je connais par cœur. La même décoration, les même meubles mais disposés différemment pour lui permettre de manœuvrer avec son fauteuil et d’être autonome. L’odeur des lieux est la même. L’ambiance est la même… comme un retour en arrière. D’abord hésitante, notre étreinte a été faite de gestes forgés dans l’ancienne habitude. J’ai pris et donné du plaisir. Mais le plaisir, même différent de celui avec Rosie, m’a laissé un goût d’inachevé. Il manque la flamme qui faisait de nos étreintes un bonheur intense. Je suis allongé près de lui, il dort un sourire flottant sur ses lèvres. Je frôle par automatisme son dos du bout des doigts jusqu’au draps qui recouvre ses fesses et cache ses jambes mutilées. Je vois sur le plafond les couleurs de la nuit disparaitre avec l’arrivée des premiers rayons de soleil. Ai-je dormi ? Je n’en sais rien. Je sens la fatigue nouée mon cou mais rien de plus. Je suis seul dans mon esprit. Mumur a été repu par le sexe, je ne le sens plus. Cette sensation est étrange. C’est comme un vide. Je soupire. L’enterrement est aujourd’hui. Je revois en esprit les événements de ces derniers jours sans pour autant comprendre l’ensemble. Il y a quelque chose qui m’échappe… Sans bruit, je quitte le lit. Sans un regard non plus. Je me glisse sous la douche qui a été aménagée et agrandie. L’eau emporte les ébats de la nuit, ce mélange de sexe, de salive et de sueur. L’odeur du shampoing aux herbes envahie l’habitacle, purgeant l’air. Je sens Murmur s’agiter, déçu.
— Quoi, c’est tout ? Tu as plus de fougue quand il s’agit de la Mulâtre.
Je mets un instant pour comprendre qu’il parle de Rosie. Je ne réponds pas. Je ne comprends pas non plus mon manque d’enthousiasme pour Alistair. Malicieusement, Murmur me renvois plusieurs souvenirs de Rosie et moi. Sa vision n’est pas la même que la mienne. Elle est plus intense. Mon sexe a un soubresaut. Je grogne pour stopper le flux d’images. J’entends rire le démon lorsqu’il me transmet l’image de mon baiser avec Thomas. Je ferme les yeux avec force, m’accrochant aux robinets pour que cela cesse. Je me concentre sur les douleurs de mes blessures : la jambe, le bras… Je sursaute alors que j’entends un bruit près de moi. Al est là, les sourcils froncés.
— Tu saignes, Nic.
En effet, un point de suture de ma jambe a lâché. Je lui souris.
— Ce n’est rien.
Il se pince les lèvres.
— Tu es toujours un gros crétin. Tu es pâle, aller ramène-toi que je te soigne.
Il fait tourner habilement son fauteuil, prenant au passage une trousse de secours à portée de main. Je sors de l’eau, enroulé dans une large serviette. J’avise mes vêtements en tas. Rien que leur vue me soulève le cœur. Je suis bon pour rentrer à la maison me changer. Toujours enroulé dans ma serviette, je m’assois sous les yeux de mon… d’ailleurs comment le situé ? Mon ex, mon futur, mon mec ? Il me fait poser la jambe sur la table basse puis se concentre sur la blessure qui suinte. Encore ce malaise entre nous. Je ne sais pas quoi dire et lui, pour se donner une contenance, s’applique à tamponner la plaie. Le silence est pesant.
— Voilà, c’est fait.
Je me crispe légèrement au son de sa voix.
— Merci.
On échange un pâle sourire. Je le vois soupirer et se presser le nez, geste qu’il fait lorsqu’il est contrarié.
— Nicholas… hier soir c’était génial.
Oh non, s’il me demande qu’on remette le couvert, pas sur que je puisse ! Je commence a paniqué. Il reprend.
— Mais je crois que ça ne se reproduira plus. N’est-ce pas ?
Putain, que j’aime ce type ! Enfin non. Je ne l’aime pas… mais… Je lâche un petit rire et lui caresse la joue.
— Ouais, c’était bien nous deux.
Je lui souris avec toute l’affection que je lui porte. Il me rend mon sourire et presse sa joue contre ma main.
— La vie est une chienne, pas vrai ?
J’hoche la tête.
— Pas toujours. Mais elle aime les coups de pute. Je crois que toi et moi avions besoin de ça pour fermer le livre.
— Je préfère « tourner la page ».
Il me sourit encore, se dégageant en douceur de ma main.
— Nous ne pouvions pas nous quitter sans ça. Aller, rentre.
Je me lève, à la fois soulagé et nostalgique. Je retiens la serviette qui dévale mon corps en riant doucement.
— On se voit à l’enterrement.

Une demi-heure plus tard, je suis fin prêt, chez moi pour l’enterrement. Pour l’occasion j’ai revêtu mon seul pantalon noir et une chemise tout aussi sombre. J’ai cueilli quelques fleurs de mon hortensia que j’ai épinglé à la pochette. Mes cheveux si court soient-ils sont plaqués en arrière, ma barbe est rasée de prêt et je sens bon. Avant de partir, je vérifie mon matériel. J’ai rendez-vous en début d’après-midi à l’asile. J’ai repoussé cette intervention depuis plusieurs jours mais je ne peux plus reculer. Il est tant d’y aller.

Quelques nuages ont emplis le ciel alors que l’office funéraire avait lieu. Cela nous a permis de supporter la chaleur du soleil malgré les feuillages de la chapelle. Un discours d’une heure, émouvant et emplis des paroles de Dieu et de sa miséricorde. Des larmes plus ou moins discrètes puis l’incinération. Nous n’étions que nous : les Exterminateurs. Quelques prêtres mais personne de l’extérieur. Nous lui avons rendu hommage entre souvenirs partagés et toasts alcoolisés. Je m’oblige à manger quelque chose de plus solide que quelques canapés puis, quitte la chapelle pour m’atteler à ma tâche de la journée. Je suis au milieu du jardin lorsque Silas me rejoints.
— Tu nous quittes déjà ?
Sa main de bucheron s’abat avec violence sur mon épaule et je chavire presque.
— J’ai du travail en retard. Il faut que j’y aille.
— Je t’accompagne. Maddie prendra Loïc avec elle, ca sera un bon moyen de le former, ton jeune.
J’hausse les épaules.
— Si tu veux, mais cela risque de ne pas être passionnant.
— On a quoi ?
— Je n’en sais trop rien. Un appel du Centre Lincoln au sujet d’un de leur patient.
Il m’emboite le pas.
— Il faut au moins ça pour me changer les idées. L’action, il n’y a que ça de vrai. J’ai besoin de matos ?
— Le coffre de la camionnette en est plein.
— Alors qu’est-ce qu’on attend ?
Il se frotte les mains, sa barbe rousse frémis d’impatience. Ce mec est la réincarnation d’un viking !

La circulation est plutôt fluide et la climatisation dans la camionnette est la bienvenue. Silas et moi nous sommes changés rapidement. Je lui ai fait un topo sur ce que je sais, c’est-à-dire, pas grand-chose. Un patient a fait une crise et a tué à main nu un autre patient et blessé quelques infirmiers. Rien de magique ou de surnaturel, juste du nettoyage industriel. Enfin c’est ce que je croyais.

J’ai un peu de mal à me garer, je trouve une place de livraison un peu en biais et laisse mon accréditation sur le pare-brise. Il me manquerait plus qu’une belle prune pour finir la journée. Silas m’aide à descendre deux gros sacs de matos, puis nous nous dirigeons vers l’accueil. La femme qui est derrière le comptoir doit frôler les soixante-dix piges. Elle est maigre, sèche et ridée de partout. Ses yeux sont minuscules, cachés derrière d’épais verres montés sur une monture en écaille. Ouh là, ça fait presque froid dans le dos. Elle nous fait patienter sans un sourire le temps qu’elle finisse je ne sais quel papier. Bien sur, pas d’ordinateur visible… tout à l’ancienne. Même moi je m’y suis mis à l’ordinateur ! Le ton est polaire, les regards plus que scrutateurs et les sourires bien évidement absents. Normal nous ne sommes que des sous-employés. Elle fini par appeler un supérieur qui lui, est plus avenant. Une petite quarantaine, dégarnie, yeux délavé, visage lunaire et un front soucieux. Rapidement il nous accueille et nous serre la main tout en nous entrainant d’un pas pressé vers le fond de l’institut. C’est un haut immeuble de huit étages, carrés, surement créé dans les années 60’. Les murs sont en bétons recouverts d’une peinture vert pomme. Il y a très peu de fenêtres et la lumière des néons est crue. Le sol est en lino jaune pisseux. Nous croisons plusieurs infirmières et infirmiers pressés poussant un chariot ou trottinant dans le dédale des couloirs. Plus nous nous enfonçons dans les entrailles de l’institut, plus l’odeur des désinfectants est forte. Elle est inévitablement accompagnée de l’odeur des produits médicaux, de la nourriture réchauffée et des excréments humains. Silas reste stoïque. Nous écoutons le médecin nous relater de façon concise les faits. En résumé une de leur patiente a pêté un câble et s’est attaquée a sa colocataire de chambrée. Les infirmiers n’ont pas été capables de la calmer. Elle hurlait comme une possédée et fracassait tout sur son passage… elle aussi. Elle s’est apparemment fracturée les deux poignets. Elle a réussit a s’échapper à travers les couloirs pour aller tuer à main nu un autre patient du centre. Les infirmiers sont arrivés trop tard. Elle l’a égorgée avec sa bouche. Autant dire qu’on aura du boulot à tout nettoyer. Le docteur a fait boucler la chambre de la folle et la salle de repos depuis les trois jours. Ca doit puer la mort là-dedans ! Il nous plante devant la première porte en nous tendant un trousseau puis s’échappe rapidement vers l’avant du bâtiment.
Nous restons à nous regarder Silas et moi, un peu abasourdit.
— Ça se passe toujours comme ça ?
Je secoue la tête.
— Non, une première. 
Dès que j’incère la clé dans la serrure, un long frisson me remonte le long du bras, je suis sur la défensive. Silas fronce les sourcils et sort ses mains de ses poches comme s’il sentait lui aussi quelque chose. La sensation est désagréable. Murmur s’agite. Le pêne claque. Je pousse simplement la porte du bout des doigts, sans pour autant entrer dans la pièce. Elle est plongée dans le noir. Les frissons s’intensifient. J’avale lentement ma salive. Je suis bloqué, sans possibilité de mettre un pied devant l’autre. Silas me regarde, fronce les sourcils puis me pousse légèrement. Ce simple mouvement débloque la paralysie et je fais un pas en arrière en chancelant. L’odeur qui émane de la pièce est hideuse. Agressive, mauvaise… pourrie. Silas allume la lumière. Son large corps me cache la vue mais j’entends clairement un « Marie Mère de Dieu » murmuré d’une voix blanche. Il quitte l’embrasure de la porte pour me faire face. Il me serre fortement les épaules.
— Toi, tu ne bouge pas.
Je suis encore pris de frisson et je n’arrive qu’à acquiescé à ses mots. Il fouille dans le sac, sortant divers objets avant de prendre une fiole de poudre de souffre. Il disparait dans la pièce, fermant la porte. Je me sens respirer de nouveau. Je frappe au montant.
— Qu’est-ce que tu fous ?
J’entends sa voix étouffée par le bois capitonnés.
— Des photos ! Il faut que Frère Thomas voie ça ! Toi, restes dehors. Vas plutôt chercher le tuyau à incendie car on n’ira pas loin avec deux pauvres éponges.
J’obéis. Presque au coin du couloir se trouve le placard avec ledit tuyau. Je stoppe la main sur l’engin.
— Tu sais ce que c’est n’est-ce pas ?
J’hoche la tête aux paroles de Murmur.
— La folle n’est pas si folle. C’est un Séraphin.
— Séraphin ou autre, c’est de l’engeance de l’Autre Côté. Il faut lui parler.
— C’est toi, le démon, qui me dit ça ? Je te signale que tout ce qui touche le divin est un peu compliqué pour moi…
Le rire de Murmur grince.
—… dis celui qui embrasse les prêtres.
— C’est toi, pas moi.
— Tu es sûr de ça, humain ?
Ma main se serre sur le tuyau, puis remonte le couloir aussi lentement que possible.
— Pourquoi tu veux lui parler ?
Murmur me fait hausser les épaules.
— Pour connaître ses plans et les plans de l’Autre.
— Pas sur que je le puisse… Tu as bien vue.
— On fera en sorte d’y arriver.

Silas sort de la chambre au moment où j’arrive. Il est blême. Sa rousseur ressort encore plus.
— Ce machin est trop gros pour nous. On n’y arrivera pas à deux. Ce n’est pas un nettoyage dont on a besoin mais d’un exorciste.
— C’est Divin ?
— Ouais, tu le sais aussi bien que moi. Tu n’as pas pu y entrer n’est-ce pas ? Tu es sûr qu’il est bien scellé, ton démon ?
— Frère Thomas a fait le nécessaire.
— Il faudra le vérifier. De toute façon on a besoin de toute l’équipe et de l’église. Je vais voir l’autre salle mais je pense que ça sera la même chose… en pire. Toi appelle-les.
Il referme à clé la porte de la chambre et s’éloigne vers la seconde pièce. Je le suis des yeux. Ou bien est-ce Murmur. Je sens que l’homme le mets dans l’expectative.  Je me secoue puis appelle les collègues. J’explique à Betsy succinctement ce qui se passe, lui demandant de rapporter plus de matos religieux.
Une demi-heure plus tard, ils sont tous là sous les yeux éberlués de la harpie de l’accueil et du médecin. Un vrai spectacle. Tous les mondes, patients et personnels soignant, sont là pour nous observer. Nous établissons un cordon de sécurité en bout de couloir. Thomas s’entretien avec le médecin pour l’incité à nous présenter la patiente responsable des dégâts. Squale, toujours sur son fauteuil roulant garde le cordon alors qu’Alistair, Loïc, les BBs et Maddie nous rejoignent. Silas les accueille avec le visage grave.
— Ce n’est pas beau à voir là-dedans, sans parler de l’autre pièce. Autant vous prévenir. Je n’ai jamais vu ça.
Becky fronce les sourcils.
— Qu’est ce que tu pense qu’on peut faire ? Je ne comprends pas.
Alistair répond à la place de Silas.
— On va faire notre boulot, ma belle. Que ça soit divin ou malin il ne faut pas d’incartade dans notre monde.
— Mais nous ne sommes pas des Nettoyeurs !
Je souris.
— Promis, ça ne fait pas mal.
En retour, les jumelles me fusillent de leur regard. Loïc pose rapidement sa main sur mon épaule.
— Comme à la Folie ?
— Je ne sais pas, je n’ai pas pu voir.
Silas nous montre son téléphone portable en faisant circuler les photos une à une. Du sol au plafond, écrit avec du sang, des inscriptions recouvrent tout. Dessins, chiffres, latin, symboles divins et ésotériques… tout pourrait sembler banal pour nous, sauf que le volume de sang utilisé semble énorme et le pire c’est qu’il semble encore frai alors que cela fait trois jours. Silas sourit à travers sa barbe.
— Et je ne vous parle pas de l’odeur…
Thomas revient vers nous.
— Comment ça se présente ?
Maddie grimace.
— Plutôt crado…
Silas montre à nouveau les photos. Thomas s’y intéresse aussitôt.
— Il me faut voir en vrai.
Ses yeux passent de l’un à l’autre puis se focalisent sur moi. Ils se font intrusifs.
— Nicholas ?
— Pas sur que je puisse y aller.
Il pose si vite son pouce sur mon front que je n’ai pas le temps d’esquiver. Il dessine le signe de croix en murmurant une bénédiction. Je sens Murmur se faire éjecter au fond de mon crâne. Je crois qu’il a mal. Thomas me sourit.
— Quelques résidus… mais tout va bien.

C’est le moment. Silas ouvre la porte et nous entrons dans la pièce.